CENTRAFRIQUE / Général de brigade Herman Ruys: « Les Forces armées centrafricaines font face à des défis gigantesques »

  • Marie-Madeleine Courtial
  • COOPERATION

Le 14 janvier 2017, le général de brigade Herman Ruys a pris le commandement de l’EUTM RCA, succédant au général français Éric Hautecloque-Raysz. Cette prise de commandement s’est accompagnée de l’arrivée d’un détachement belge de 27 militaires entre le 7 et 16 janvier 2017. Vingt proviennent de l’État-Major de l’Eurocorps à Strasbourg, le reste formant l’équipe de protection du général Ruys. Après l’EUTM Mali, la Belgique est à la tête d’une autre mission européenne en Centrafrique. Pour le blog À l’Avant-Garde, le général de brigade Herman Ruys nous parle de son arrivée à la tête de la mission, de son mandat, du futur de l’armée centrafricaine ainsi que du rôle de l’armée belge.

« La mission de l’EUTM RCA s’articule autour de deux axes: le conseil stratégique et la formation »

Général Ruys, vous venez de prendre la tête de l’EUTM RCA. Comment se sont passées votre prise de fonction et la transition avec le général Hautecloque-Raysz ?

Pour commencer, j’aimerais rappeler que cette mission militaire européenne d’entraînement et de conseil stratégique répond à un mandat de deux ans, mandat qui pourrait éventuellement être renouvelé. Le premier contingent est arrivé à Bangui en juillet 2016 et la mission EUTM RCA a été déclarée opérationnelle le 22 septembre suivant. C’est le général Hautecloque-Raysz, le commandant de ce premier contingent, qui a établi l’EUTM au camp Moana, en y succédant à la mission EUMAM-RCA. En passant d’EUMAM à EUTM, l’effectif européen est passé de 60 à 170 militaires, hommes et femmes, issus de 12 nations de l’UE et Etats tiers.

A l’instar du premier contingent, c’est l’Eurocorps qui a fourni le cœur du détachement ; le commandement et la majorité du personnel des trois piliers. Le général Hautecloque-Rayz et moi-même, nous provenons de cet état-major. Nous avons la même culture d’entreprise (multinationale et opérationnelle), nous nous connaissons et nous nous estimons. C’est ce lien particulier qui a permis la transition de janvier dans les meilleures conditions.

Comment va se dérouler votre mandat ? Quelles actions allez-vous mener au sein de l’EUTM RCA ?

Conformément au mandat reçu de l’Union européenne, ma mission, ici en RCA, est de six mois et elle s’inscrit dans la poursuite de celle modelée par mon prédécesseur.

La mission de l’EUTM s’articule autour de deux axes: le conseil stratégique et la formation. Et pour atteindre les objectifs assignés, je peux compter sur les trois piliers : le pilier de conseil stratégique, le pilier de formation et le pilier d’entrainement opérationnel.

Tous sont importants et tous les trois sont complémentaires.

Leurs personnels abordent des matières aussi diverses que variées :

  • Le conseil stratégique au niveau du Ministère de la Défense et de l’État-major des Armées. Mes conseillers sont des spécialistes en organisation, opérations, planification, gestion des ressources humaines, matérielles et financières, en projets de développement également.
  • La formation des cadres officiers et sous-officiers, dispensée au Centre de formation Kassaï, qui les amènera à pourvoir agir dans un milieu professionnel complexe en respectant les valeurs que tout militaire moderne se doit de respecter, et ce faisant, en évitant de réitérer les erreurs du passé.
  • L’entraînement des unités qui se poursuit pour arriver à la fin de cette année à deux bataillons formés.

Vous le constatez, la mission de l’EUTM s’inscrit dans le cadre de l’approche globale telle que définie par l’Union Européenne. Cette approche associe le développement à la sécurité, ce qui en est une condition essentielle. En outre, de par les projets développés, elle permettra bientôt aux militaires centrafricains devant quitter l’armée d’être reconvertis préalablement. Cette reconversion, une formation dans un métier de base (menuisier, agriculteur, éleveur, boulanger, mécanicien, électricien…), est la condition pour une intégration réussie à la vie civile et donc une garantie de stabilité dans ce pays qui n’a que trop souffert.

Heureusement, l’EUTM n’est pas seule à Bangui ! Je peux compter sur des partenaires forts et fiables tels qu’EUDEL (European delegation) et la MINUSCA. Nos actions sont coordonnées et complémentaires.

« Je veux souligner la grande motivation et la soif d’entraînement des militaires centrafricains en formation »
Dans quel état se trouve actuellement l’armée centrafricaine ? À quels défis doit-elle faire face pour les années à venir ?

Les Forces armées centrafricaines (FACA) ont été en grande partie détruites durant la crise de 2013-2015. Durant les évènements passés, les FACA se sont retrouvées totalement désorganisées et sans aucun moyen. Les défis sont donc gigantesques ! Cependant, petit à petit, jour après jour, les obstacles de la reconstruction sont franchis, avec plus ou moins de difficultés. Et le mandat de l’EUTM est là : définir et faire accepter le nouveau modèle (il n’est plus question d’une armée politisée et centrée sur la capitale, Bangui) et ceci étant fait, aider ces FACA à devenir une armée moderne, professionnelle, représentative et contrôlée démocratiquement.

La politique de défense du Président Felix-Ange Touadera, président élu démocratiquement en févier 2016, s’inscrit totalement dans ce nouveau concept d’emploi des forces. Le Président a exprimé sa volonté de déployer les unités formées en garnison, à travers toute la RCA, au plus proche de la population, alors qu’une partie importante du pays est encore sous le contrôle de groupes armés.

La population centrafricaine a grand besoin de sécurité, dans le pays mais aussi à Bangui, et seule une armée forte et reconnue saura capitaliser la confiance des Centrafricains.

Il y a un élément, plutôt un constat, extrêmement important que je veux ici souligner, c’est la grande motivation et la soif d’entraînement qu’ont les FACA en formation. Chaque fois que je visite le camp Kassaï, où se concentre la majorité des activités de formation, je suis frappé par leur dynamisme et leur motivation. Quand je vois l’état d’esprit dans lequel ces militaires  centrafricains travaillent malgré les difficultés rencontrées, je sais pourquoi nous sommes là !

Quel rôle exact joue le détachement belge au sein de cette mission européenne ?

Le contingent belge compte 27 hommes et femmes. À l’exception de mon équipe de protection rapprochée, elles et ils sont tous issus de l’Eurocorps. Nous nous connaissons donc tous bien, et tant les femmes que les hommes s’étaient portés volontaires pour cette mission.

Les Belges sont répartis équitablement dans l’organigramme de la mission, cette répartition s’étant faite en fonction des spécialités de chacun.

Le rôle du contingent belge n’est pas différent de celui des autres contingents nationaux mais comme il s’agit du contingent du général commandant la mission, il se doit d’être exemplaire.

La Belgique est à la tête de deux missions de l’UE. Cela montre-t-il que la Défense belge est toujours considérée comme un partenaire fiable au sein de la défense européenne ?

La Belgique a toujours été un partenaire fiable au sein de la défense européenne, comme au sein de l’OTAN d’ailleurs. A l’époque, elle fut une des premières nations à rejoindre l’Eurocorps, organisation dans laquelle elle a toujours pris sa part et rempli sa mission telle que demandée par le comité commun. Déjà, en 2014, la Belgique était représentée dans la mission EUTM MALI, non seulement par son contingent national qui en assurait la protection, mais par un détachement de l’Eurocorps occupant des postes au sein de l’état-major.

Quand je pense à l’allocution du Chairman du Comité militaire de l’union européenne le 14 janvier dernier à Bangui, je dirai que maintenant plus que jamais, la Belgique est à considérer comme un partenaire fiable. En effet, le général Mikhail Kostarakos précisait alors: « L’Union a étendu son champ d’action bien plus loin que ses frontières naturelles afin qu’en agissant là-bas, nous garantissions notre sécurité chez nous. »

Fort de cela, je constate qu’à l’heure où je vous parle, à travers les missions EUTM et d’autres en cours, la défense belge est présente sur terre, sur mer et dans les airs afin de préserver cette liberté européenne qui nous est si chère et ces valeurs qui ont fait de nous ce que nous sommes. N’est-ce pas là la preuve de notre fiabilité ?

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