CENTRAFRIQUE / Une étudiante transforme du gingembre en jus pour payer ses études

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  • LU AILLEURS

Alda Gounowa, étudiante en géographie à l’université de Bangui, gagne entre 10 000 et 15 000 F. Cfa par semaine en vendant cette boisson à ses camarades sur le campus.

« C’est pour réduire l’emprise de la pauvreté sur ma vie que je vends du jus de Gingembre appelé communément Tangawishi… ». A 25 ans, Alda Gounowa vit à Yapélé, dans le 2ème arrondissement de Bangui, l’un des quartiers les plus défavorisés du centre-ouest de la capitale Centrafricaine. Cette jeune orpheline de mère, vit au domicile familial avec ses quatre frères, sans son père qui, après sa retraite, s’est retiré dans son village. Pour joindre les deux-bouts, cette étudiante en 2e année de Géographie à l’université de Bangui transforme le jus en gingembre et les vend au campus et dans les rues.   

Tout commence en 2012. Alda fabrique et vend alors du jus de gingembre pour le compte de sa tante paternelle. Avant de quitter le pays pour l’étranger, cette dernière lui lègue un capital commercial de 10.000 FCFA. Alda se lance en achetant une dizaine de bouteilles plastiques recyclées pour conditionner le jus de gingembre qu’elle a auparavant séché, tamisé, mélangé avec du sucre et de l’eau. Ses produits sont commandés par ses ami(e)s de l’Université de Bangui, les agents des administrations publiques et privées mais également des particuliers. Pour ne pas perturber ses études, elle vend à petite quantité : entre 5 et 10 litres par semaine. Le litre coûte 2 000 F. Cfa.

«En vendant le jus de Gingembre, j’ai le sentiment d’être en liberté et indépendante dans ma vie. Je n’ai pas besoin de chercher  mille et une manière  pour trouver une solution à mes problèmes de fascicules à payer à l’Université, de transport pour être à l’heure au cours ou de fastfood pendant les récréations », assure l’étudiante. Qui s’occupe également des charges de la maison, grâce à ses revenus.  

30.000 à 45.000 FCFA par mois

N’étant pas bénéficiaire d’une bourse d’étude et consciente de sa situation socio-économique, Alda s’organise dans son petit commerce. Sa recette hebdomadaire va de 10.000 à 15.000 FCFA. Par mois, elle gagne entre 30 000 et 45 000 F. Cfa. Une somme qui lui permet de couvrir ses dépenses estudiantines et aussi familiales. « Beaucoup de jeunes en Centrafrique s’attendent à un miracle et c’est pourquoi leur vie ressemble à un calvaire. Or, nous avons de quoi rendre heureux notre quotidien. Depuis que j’ai commencé, mon fonds de roulement reste les 10.000 FCFA du début parce que le Gingembre séché est vendu à un prix dérisoire sur le marché mais, ce que je gagne m’aide à subvenir à mes besoins sur tous les plans », témoigne la jeune femme, fière de son activité.

Comme Alda, Eddy Woddé Palème, professeur d’Histoire-Géographie à l’Université de Bangui se rappelle de ses années d’étude durant lesquelles, il était obligé de faire le maraichage pour pallier à ses problèmes financiers sur le campus universitaire. « Notre pays traverse une crise sans précédent. Dans ce contexte, les jeunes, notamment les filles étudiantes sont très exposées à une vie de débauche ou à la prostitution pour avoir un peu d’argent afin de soutenir leurs études. Alors associer le commerce du jus de Gingembre avec ses études, je ne vois pas d’inconvénients. C’est une initiative que j’encourage personnellement car, elle s’est tournée vers un secteur à la fois simple et fructueux. Un produit de l’agriculture, de la terre pour subvenir à ses besoins. Si tous les jeunes font comme elles, les groupes armés, par exemple, n’auront plus d’emprise sur eux », souligne-t-il.

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